Souvenirs de lecture #5

Si tu t’en vas – C.J. Cooke
Editions France Loisirs Poche

J’ai refermé ce livre il y a quatre jours, et j’y réfléchis toujours. Pour combien de temps encore, je ne saurais le dire.

Si tu t’en vas raconte deux histoires en parallèle, ou plutôt nous conte deux points de vue du même évènement : à Londres, Lochlan doit signaler la disparition de son épouse Eloïse pendant qu’à des milliers de kilomètres de là, sur une île non loin de la Crète, une jeune femme vient de s’échouer, vide de souvenirs. Même de son prénom, elle ne se souvient pas.

En Angleterre, la famille d’Eloïse se déchire, avec deux enfants choqués, Max et Cressida, au beau milieu de leurs questionnements, leur tristesse et leur incompréhension ; Lochlan voit les grands-parents de son épouse – qui ont élevée celle-ci depuis l’âge de douze ans – prendre les rennes et le regarder d’un drôle d’œil. En mari perdu, il commet quelques erreurs et l’on se demande parfois s’il n’y est pas pour quelque chose. L’enquête le pousse à plusieurs reprises dans ses retranchements, il n’est plus que l’ombre de lui-même.

Sur la terre hostile bordée de mer où elle a fait naufrage, la jeune femme qui narre son histoire en parallèle fait la connaissance de quatre personnes, quatre écrivains qui seraient en retraite sur l’île qu’ils connaissent bien. Il y a Joe, qui l’a secourue ; Hazel, qui semble un poil dérangée ; Sariah, d’une grande bonté et d’une bienveillance sans limite ; et enfin George, le leader à moitié dictateur.

Si ce livre a laissé quelques traces dans mon esprit, c’est à cause de la raison pour laquelle (ou lesquelles) l’auteur fait évoluer un personnage qui semble de plus en plus perturbé et de plus en plus lucide à la fois. Chemin faisant dans ma lecture, je me suis assez rapidement doutée qu’il serait question de folie, peut-être de maladie mentale assez poussée, mais je dois reconnaître que le dénouement m’a tout de même laissée pantoise.

On se trouve face à une enfance bafouée, douloureuse, pour ne pas dire affreuse, face à des épisodes refoulés, à des enfouissements de la mémoire et des transformations de la personnalité en vue, non pas de vivre normalement, mais de survivre.

« Depuis la naissance de Max, elle s’était complètement métamorphosée, comme si cet évènement avait fait éclore une nouvelle version d’elle-même. Certes, Eloïse avait toujours été d’un caractère entier. Elle était passionnée par ce qu’elle faisait et travaillait dur, mais elle avait embrassé son nouveau statut de mère d’une façon surprenante. »

Il y est également question de la place de chacun dans un couple, dans une famille, de la capacité que nous avons à nous adapter à de nouvelles situations – la naissance d’un premier puis d’un deuxième enfant, le sentiment d’abandon – et de notre façon de réagir face aux assauts de la vie.

« C’est une tigresse. Elle hésite non par obéissance mais parce qu’elle pèse le pour et le contre. Vaut-il mieux avoir une vie insouciante, ou accepter les choses telles qu’elles sont et en ressortir grandi ? »

J’ai été interpellée par la postface dans laquelle C.J. Cooke explique qu’elle a traversé une partie des épreuves vécues par son personnage, qu’elle travaille aujourd’hui pour en apprendre le plus possible sur des pathologies mentales réelles mais dont nous ne soupçonnons même pas l’existence, causées dans la grande majorité des cas par de mauvais traitements.

« Je sombre dans le sommeil. Mes songes doivent être la somme de mon imagination et de mes souvenirs, si vivaces qu’ils sont sans doute enracinés au plus profond de mes émotions. »

Et puisque je terminai la lecture de ce roman, tout à fait par hasard, au moment où les réseaux sociaux s’embrasaient – à raison – à propos des violences faite aux femmes, je n’ai pu m’empêcher d’y voir un signe. Penchez-vous sur ce roman, il est une fenêtre ouverte sur les souffrances que traversent tant d’enfants, tant de femmes, dont certains et certaines survivent uniquement grâce à des manipulations de leur cerveau, seule solution pour passer outre ces atrocités.

Connaissiez-vous C.J. Cooke? Pour moi il s’agissait d’une découverte, et je pense que je partirai à la recherche d’autres de ses romans. Est-ce le genre de livres que vous pourriez apprécier?

Tiphaine

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