Souvenirs de lecture #8

Le liseur du 6h27 & La fissure – Jean-Paul Didierlaurent
Folio

Un auteur, deux livres. Et le même constat : quelle belle plume.

Je n’avais jamais entendu parler de Jean-Paul Didierlaurent, et c’est au détour d’une gondole chez un libraire que la couverture du Liseur du 6h27 m’a interpellée. Qu’est-ce que c’est que tous ces poissons? Et puis ce résumé qui ne parle pas du tout de pêche? Mais qui m’intrigue quand même. Un homme qui prend le RER tous les matins que le monde fait pour se rendre au travail et qui débute un exercice de lecture devant des passagers encore à moitié endormis, ça m’intéresse.

Guylain, les livres, il doit les détruire, c’est son métier ; tous les invendus passent entre les dents de sa redoutable broyeuse et ressortent en bouillie. Guylain, ça lui donne envie de vomir, et en lectrice passionnée, moi aussi.

« La Chose était là, massive et menaçante, posée en plein centre de l’usine. En plus de quinze ans de métier, Guylain n’avait jamais pu se résoudre à l’appeler par son véritable nom, comme si le simple fait de la nommer eût été faire preuve envers elle de reconnaissance, une sorte d’acceptation tacite qu’il ne voulait en aucun cas. »

Victime d’un quotidien qui l’emprisonne dans sa noirceur, Guylain commence à trouver du réconfort dans les pages qu’il parvient à sauver des rouages de la monstrueuse machine, et surtout auprès des personnages hauts en couleur qu’elles lui permettent de rencontrer.

Je considère ce roman comme une sorte de conte moderne, qui nous emmène avec Guylain dans la découverte des autres, et pourquoi pas de l’amour. La fissure est tout son contraire sur ce point, puisqu’il s’agit plutôt de l’histoire d’une errance personnelle vers la révélation de soi. On se retrouve ici face à Xavier, représentant pour une entreprise de nains de jardin, qui, un matin au petit-déjeuner, remarque une fissure sur l’un des murs de sa maison de campagne. En découle alors une inattendue et difficile remise en question, avec à la clef l’embarquement du personnage principal – et de son nain de jardin préféré – pour des contrées lointaines, au sens propre comme au figuré.

« La lune éclaboussait de sa clarté laiteuse les rhododendrons. Impassible au milieu de feuillage, le nain présentait la sérénité d’un bouddha. Xavier arracha délicatement l’escargot collé sur la langue de terre cuite. Il caressa du bout de la balayette le nabot, chassant les saletés accumulées dans les plis et les replis de son corps de lépreux avant de rincer la statue à l’eau claire et la tamponner à l’aide de son éponge. Le jeu d’ombre et de lumière conférait au visage ravagé par des années d’intempéries un climat mystérieux. Le merci qui retentit dans sa tête alors qu’il quittait la terrasse le bouleversa. Il n’avait pas souvenir de la dernière fois où le mot avait été prononcé à son intention. »

Si j’ai apprécié ces livres? Je les ai adorés. Drôles et fantastaques mais emplis de vérités et de vraies questions existentielles, ils montrent des facettes de personnalités différentes mais toutes humaines, et chacune ayant le pouvoir d’exister. Ils sont les porte-voix d’une idée qui dit qu’il vaut mieux braver une blessure, une contrariété, et prendre son courage à deux mains face à des situations qui nous dépassent, à l’image de Xavier et Guylain, plutôt que se laisser couler dans la facilité de nos situations bien rangées.

Connaissez-vous cet auteur? Les romans qui flirtent avec le fantastique vous plaisent-ils? Moi, je vais me procurer très vite Le reste de leur vie, du même auteur, que je n’ai pas encore lu.

Tiphaine

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :