Souvenirs de lecture #9

Le manuscrit inachevé – Franck Thilliez
Editions Pocket

De mémoire de lectrice, jamais je n’avais lu un thriller comme celui-ci. J’étais effrayée à l’idée de me trouver face à une intrigue sanglante et sans autre intérêt que celui de me faire froid dans le dos ; j’avais tout faux.

C’est – quelque peu – sanglant, certes, certaines descriptions peuvent tordre le ventre et faire monter comme une nausée. Mais que c’est bien écrit! Que c’est bien pensé!

En résumé, deux histoires se superposent et s’entrechoquent : celle d’une enquête menée par Vic et Vadim, acolytes formant un duo de choc, à la suite de la découverte d’une voiture accidentée avec dans son coffre un cadavre sans visage, et celle de Léane, écrivaine à succès cachée derrière un pseudonyme, dont la fille a disparu quatre ans plus tôt et dont le mari vient d’être sauvagement agressé.
On peut même considérer que le tout est dirigé par une troisième histoire, celle d’un homme ayant laissé derrière lui un manuscrit inachevé, et dont le fils a tenté d’écrire les quelques pages manquantes.

 » Vous trouverez donc, vers la fin du roman, une note indiquant le moment où j’ai pris la plume. Vous remarquerez également que l’on a laissée tels quels les mots soulignés et certains autres éléments importants tout au long de l’intrigue. Vous avez entre les mains ce qui s’est retrouvé entre les miennes l’été dernier. »

J’ai été d’une assiduité sans limite durant la lecture de ce roman, notant les mots soulignés que je rencontrais, tentant de ne jamais perdre de vue le fait que je lisais une histoire dans l’histoire, peut-être même au beau milieu d’une troisième histoire. Mais je dois avouer qu’au fil des mises en abyme, j’ai bien failli me perdre et oublier l’objectif principal : être capable de répondre à une dernière question que « vous vous poserez forcément ». Vous appréciez vous faire mener en bateau jusque dans les dernières lignes de votre lecture? Foncez.

Je me dois d’ajouter que j’ai été impressionnée par le travail d’écriture effectué par Franck Thilliez, par la montagne de recherches qu’il a probablement dû effectuer, et par sa capacité à créer des personnages attachants, intrigants, parfois dérangeants. J’ai été particulièrement touchée par Vic, son hypermnésie, sa manière d’enquêter et les souffrances qu’il traverse. C’est un personnage entier que j’ai apprécié rencontrer.

« Dans un premier temps, Vic avait hérité de la mission de passer la journée à visionner les huit autres films et à en sélectionner les éléments importants, qu’ils pourraient verser au dossier. Parce qu’on estimait qu’il n’y avait pas meilleur observateur que lui et qu’il était un vrai magnétoscope sur pattes.
Merci du cadeau. »

Les décors et la manière dont ils sont plantés sont également à saluer ; une Côte d’Opale plongée en plein hiver, une villa posée au bord des dunes et un phare abandonné, entre autres, sont dans ce roman des personnages à quasi part entière.

« Il se passe parfois un phénomène étrange lorsqu’on approche les villes côtières du Nord en plein hiver : en un battement de cils, une guillotine de brouillard s’écrase sur votre pare-brise, et vous avez l’impression d’être projeté dans un univers postapocalyptique, où les monstres peuvent surgir contre les vitres de votre voiture et vous emmener au large, dans les eaux troubles et glaciales. Un soir poisseux comme celui-là avait arraché Sarah, un soir où l’obscurité avait eu faim, où les dunes avaient bâillonné sa fille pour l’entraîner dans leurs replis les plus sombres. »

Bref, lisez ce livre. Parce que c’est un coup de maître.

Et pendant que vous vous y mettez, moi je cours en acheter d’autres du même auteur!

Connaissez-vous Franck Thilliez? Lesquels de ses romans avez-vous lus?

Tiphaine

Souvenirs de lecture #8

Le liseur du 6h27 & La fissure – Jean-Paul Didierlaurent
Folio

Un auteur, deux livres. Et le même constat : quelle belle plume.

Je n’avais jamais entendu parler de Jean-Paul Didierlaurent, et c’est au détour d’une gondole chez un libraire que la couverture du Liseur du 6h27 m’a interpellée. Qu’est-ce que c’est que tous ces poissons? Et puis ce résumé qui ne parle pas du tout de pêche? Mais qui m’intrigue quand même. Un homme qui prend le RER tous les matins que le monde fait pour se rendre au travail et qui débute un exercice de lecture devant des passagers encore à moitié endormis, ça m’intéresse.

Guylain, les livres, il doit les détruire, c’est son métier ; tous les invendus passent entre les dents de sa redoutable broyeuse et ressortent en bouillie. Guylain, ça lui donne envie de vomir, et en lectrice passionnée, moi aussi.

« La Chose était là, massive et menaçante, posée en plein centre de l’usine. En plus de quinze ans de métier, Guylain n’avait jamais pu se résoudre à l’appeler par son véritable nom, comme si le simple fait de la nommer eût été faire preuve envers elle de reconnaissance, une sorte d’acceptation tacite qu’il ne voulait en aucun cas. »

Victime d’un quotidien qui l’emprisonne dans sa noirceur, Guylain commence à trouver du réconfort dans les pages qu’il parvient à sauver des rouages de la monstrueuse machine, et surtout auprès des personnages hauts en couleur qu’elles lui permettent de rencontrer.

Je considère ce roman comme une sorte de conte moderne, qui nous emmène avec Guylain dans la découverte des autres, et pourquoi pas de l’amour. La fissure est tout son contraire sur ce point, puisqu’il s’agit plutôt de l’histoire d’une errance personnelle vers la révélation de soi. On se retrouve ici face à Xavier, représentant pour une entreprise de nains de jardin, qui, un matin au petit-déjeuner, remarque une fissure sur l’un des murs de sa maison de campagne. En découle alors une inattendue et difficile remise en question, avec à la clef l’embarquement du personnage principal – et de son nain de jardin préféré – pour des contrées lointaines, au sens propre comme au figuré.

« La lune éclaboussait de sa clarté laiteuse les rhododendrons. Impassible au milieu de feuillage, le nain présentait la sérénité d’un bouddha. Xavier arracha délicatement l’escargot collé sur la langue de terre cuite. Il caressa du bout de la balayette le nabot, chassant les saletés accumulées dans les plis et les replis de son corps de lépreux avant de rincer la statue à l’eau claire et la tamponner à l’aide de son éponge. Le jeu d’ombre et de lumière conférait au visage ravagé par des années d’intempéries un climat mystérieux. Le merci qui retentit dans sa tête alors qu’il quittait la terrasse le bouleversa. Il n’avait pas souvenir de la dernière fois où le mot avait été prononcé à son intention. »

Si j’ai apprécié ces livres? Je les ai adorés. Drôles et fantastaques mais emplis de vérités et de vraies questions existentielles, ils montrent des facettes de personnalités différentes mais toutes humaines, et chacune ayant le pouvoir d’exister. Ils sont les porte-voix d’une idée qui dit qu’il vaut mieux braver une blessure, une contrariété, et prendre son courage à deux mains face à des situations qui nous dépassent, à l’image de Xavier et Guylain, plutôt que se laisser couler dans la facilité de nos situations bien rangées.

Connaissez-vous cet auteur? Les romans qui flirtent avec le fantastique vous plaisent-ils? Moi, je vais me procurer très vite Le reste de leur vie, du même auteur, que je n’ai pas encore lu.

Tiphaine

Souvenirs de lecture #7

Les Victorieuses – Laetitia Colombani
Editions Grasset

Il est des livres dont on peut dire qu’ils sortent de l’ordinaire. C’est le cas des Victorieuses. En tous cas, il m’a tirée de mon ordinaire à moi, il m’a sortie de ce que j’ai l’habitude de lire. Il s’agit pourtant d’un roman, comme j’en ai dévoré des tas, mais avec des inquiétudes historiques et sociales très prononcées.

J’avais lu La tresse, de la même autrice. Je n’y étais déjà pas restée insensible. Ce côté féministe, une personnalité bien trempée, des avis intéressants, la volonté d’éveiller les consciences, j’y avais déjà trouvé tout cela.

Mais face à l’histoire de Solène et à tout ce qui en découle, je dois dire que je suis restée un peu plus con qu’à la lecture de La tresse. Un peu plus dérangée encore, et beaucoup plus bouleversée.

« Mentir, elle sait faire – c’est un métier qu’elle a pratiqué durant des années. Pourtant, elle hésite. N’est-ce pas rester dans sa zone de confort, céder à la facilité? Elle contemple son appartement lisse et propre, cette cage dorée où elle s’est étiolée. Peut-être a-t-elle besoin d’être bousculée, emmenée loin des sentiers balisés? Elle a toujours suivi la ligne qu’on avait tracée pour elle, n’est-il pas temps, enfin, de s’en écarter?« 

Les Victorieuses – j’y mets une majuscule parce que je crois qu’elles le méritent – c’est l’aventure d’une brillante avocate qui fait un burn-out suite à la mauvaise tournure que prend une des affaires qu’elle défend. C’est son cheminement pour se relever, reconnaître son mal-être et le combattre. C’est l’histoire de plusieurs femmes qu’elle va rencontrer dans un Palais, pour lesquelles elle se reconverti en écrivaine publique d’abord, en véritable amie ensuite. Ce sont les épreuves traversées par chacune d’entre elles pour avoir le droit de vivre ici, mais aussi celles qu’a connues une autre femme, engagée, dévouée à autrui, presque cent ans plus tôt. Evidemment, tout est lié, et c’est bien pensé.

Ce livre, c’est un hymne à la joie – même s’il fait verser quelques larmes – à l’entraide, à l’amour et à l’amitié. Je voudrais pouvoir le citer tout entier tant il est beau et bien écrit. C’est un roman qui vous donne envie d’avoir confiance en les autres, mais surtout d’avoir confiance en vous. Qui vous ordonne d’y croire, de faire en sorte que les choses changent, d’avancer. C’est aussi une critique réfléchie de notre société, sans jamais tomber dans les clichés. Et oui, tout ça dans environ deux-cent-quinze pages.

Certains diront qu’il est surfait, ou pas assez, que les personnages sont trop stéréotypés, que finalement, c’est édulcoré. Ce n’est pas mon avis. J’ai aimé Les Victorieuses car c’est un livre qui ne fait pas de détour pour conter des histoires douloureuses, qui nous rappelle des vérités et des faits qui se déroulent dans notre pays. Je l’ai aimé pour ses phrases percutantes, ses paragraphes ayant du sens et vous frappant de plein fouet.

« Avec son revenu annuel à six chiffres, Solène n’y est pas préparée. Elle se sent honteuse, minable d’avoir pensé que cette femme voulait la tester. Le voilà, le vrai visage de la précarité. Il n’est ni dans le journal, ni sur un écran de télévision mais se tient là, en face d’elle, tout près. Il ressemble à deux euros dans un porte-monnaie.« 

Et surtout parce qu’il est empli d’espoir.
Les larmes que j’ai versées en refermant cette ode, certes à la féminité, mais surtout au partage et à la solidarité, étaient des larmes d’espérance, chargées de volonté et de courage. Il y avait dedans un bout de moi, de mes choix, de mes croyances ; un bout de mes filles, de leur avenir, de leurs attentes ; un bout des femmes qui m’entourent et de celles que j’admire. Et il y avait des perspectives optimistes pour notre monde.

« L’envie d’y croire. De penser que la vie est devant, toujours devant. Qu’il suffit d’un stylo pour tout changer. D’un peu de poésie pour se réinventer. »

Connaissez-vous Laetitia Colombani? Est-ce le genre de roman que vous appréciez? Peut-être avez-vous lu celui-ci?

Tiphaine

Souvenirs de lecture #6

La femme à la fenêtre – A.J. Finn
Editions Presses de la Cité

Il serait quand même grand temps que je vous parle du livre derrière lequel j’ai choisi de me cacher sur la première photo de moi que vous avez découverte. Cachée, comme « la femme à la fenêtre » lorsqu’elle espionne ses voisins. C’est l’une de ses passions favorites, ou plutôt l’un des passe-temps grâce auxquels elle occupe ses journées depuis qu’elle est séparée de son mari et de leur fille et qu’elle demeure recluse chez elle.

Ses autres moyens d’occupation? Jouer aux échecs sur internet, visionner de vieux polars en noir et blanc, boire du merlot plus que de raison, avaler des bétabloquants et des antidépresseurs. Inutile de préciser que ce n’est pas la joie dans la vie d’Anna. On apprend assez rapidement qu’elle a été une pédopsychiatre de renom, mais qu’étant désormais victime d’une agoraphobie extrêmement angoissante, voire paralysante, elle ne donne plus que de rares consultations virtuelles, masquée derrière l’écran de son ordinateur.

« Est-ce moi aujourd’hui, cette femme qui ouvre de grands yeux devant le spectacle de la ville comme un poisson dans son bocal? Une étrangère à ce monde, stupéfiée par l’apparition de nouvelles boutiques? Au fond de moi, une force palpite, furieuse et vaincue. Je sens mes joues s’empourprer. Oui, voilà ce que je suis devenue. Ce que je suis aujourd’hui. »

Je me suis trouvée plongée dans la lecture d’un thriller aux qualités très cinématographiques – la Fox est d’ailleurs en train de l’adapter pour les salles obscures – dans lequel, à l’instar du film Fenêtre sur cour, la recluse est témoin d’un meurtre dans la maison voisine, qu’elle passe de longues heures à observer chaque jour. Mais, faut-il la croire? Peut-on avoir confiance en son témoignage alors qu’elle-même, abrutie par le mélange alcool-médicaments, n’en est pas certaine?

« La maison me dévisage, les yeux grands ouverts, comme si elle était surprise de me voir la regarder. Je zoome, parcours la façade à travers mon viseur et me concentre sur le salon. »

J’ai apprécié que ce roman soit écrit à la première personne ; cela permet de ressentir une empathie quasi immédiate pour le personnage d’Anna qui, malgré ses abus et un comportement d’abord difficile à comprendre, cache au fond d’elle une lourde peine que l’on devine grâce aux indices savamment distillés par l’auteur à travers les chapitres. Les quelques autres intervenants tournant autour du personnage principal, notamment la kiné qui lui rend visite, son psy qui vient également à elle, un colocataire arrivant par la suite et l’inspecteur en charge de l’enquête – qui agit avec beaucoup de bienveillance face à Anna – apportent tous quelque chose à son quotidien et au déroulement de l’intrigue.

Certes, A.J. Finn ne révolutionne pas le genre selon moi, mais son histoire est efficace, bien écrite, et réserve son lot de rebondissements. C’est un livre que je conseille sans hésitation pour l’avoir non pas lu mais dévoré et que je prendrai certainement plaisir à relire un de ces jours. Voilà pourquoi j’ai choisi celui-ci pour me présenter à vous, mais aussi – j’avoue – parce que sa couverture, très graphique et sans chichis, compte parmi les plus jolies dans ma bibliothèque.

Connaissez-vous déjà ce roman? Vous a-t-il plu? Ou avez-vous envie de lire maintenant?

Tiphaine

Parenthèse musicale

On est là pour parler de livres, de lecture, mais pourquoi pas d’autres passions?

La musique tient une grande place dans mon quotidien, dans celui de notre famille. Pas une journée ne passe sans que nous n’en écoutions. Radio le matin, playlist dont je laisse le contrôle aux filles dans la voiture quand je suis avec elles, une petite discothèque (définition première, je veux dire par là une collection de disques!) et une grande capacité à chanter faux sur nos chansons préférées.

Le dimanche matin, la musique résonne fort dans la maison, on danse en pyjama en petit-déjeunant et en préparant le repas, les filles se chamaillent pour choisir le prochain air que l’on passera. Leur papa sifflote et tape du pied, tout sourire pendant que nous, on donne tout.

Je crois que la musique rapproche, serre des liens, permet de partager tant de choses. Lorsqu’elle retentit dans toutes les pièces, ou même dans le jardin quand il beau, c’est notre cœur et nos corps entiers qui vibrent avec elle. Elle est souvent le reflet de nos émotions, en fonction de notre humeur on passe un titre plutôt qu’un autre.

Ces temps-ci, j’aime écouter :

  • Bon Entendeur & Pierre Niney – Entrevue séduction
  • Clara Luciani – Nue / Les fleurs / Qu’est ce que t’es beau (en duo avec Philippe Katerine)
  • Goldstone – All I know
  • Nick Murphy – The trouble with us
  • L’Impératrice – Sonate pacifique

Évidemment, mes playlists contiennent aussi des classiques et des chansons moins glorieuses (on a tous un petit côté kitsch!), mais on pourra en reparler une prochaine fois.

Et vous, vous écoutez quoi? Des airs à partager?

Tiphaine

Souvenirs de lecture #5

Si tu t’en vas – C.J. Cooke
Editions France Loisirs Poche

J’ai refermé ce livre il y a quatre jours, et j’y réfléchis toujours. Pour combien de temps encore, je ne saurais le dire.

Si tu t’en vas raconte deux histoires en parallèle, ou plutôt nous conte deux points de vue du même évènement : à Londres, Lochlan doit signaler la disparition de son épouse Eloïse pendant qu’à des milliers de kilomètres de là, sur une île non loin de la Crète, une jeune femme vient de s’échouer, vide de souvenirs. Même de son prénom, elle ne se souvient pas.

En Angleterre, la famille d’Eloïse se déchire, avec deux enfants choqués, Max et Cressida, au beau milieu de leurs questionnements, leur tristesse et leur incompréhension ; Lochlan voit les grands-parents de son épouse – qui ont élevée celle-ci depuis l’âge de douze ans – prendre les rennes et le regarder d’un drôle d’œil. En mari perdu, il commet quelques erreurs et l’on se demande parfois s’il n’y est pas pour quelque chose. L’enquête le pousse à plusieurs reprises dans ses retranchements, il n’est plus que l’ombre de lui-même.

Sur la terre hostile bordée de mer où elle a fait naufrage, la jeune femme qui narre son histoire en parallèle fait la connaissance de quatre personnes, quatre écrivains qui seraient en retraite sur l’île qu’ils connaissent bien. Il y a Joe, qui l’a secourue ; Hazel, qui semble un poil dérangée ; Sariah, d’une grande bonté et d’une bienveillance sans limite ; et enfin George, le leader à moitié dictateur.

Si ce livre a laissé quelques traces dans mon esprit, c’est à cause de la raison pour laquelle (ou lesquelles) l’auteur fait évoluer un personnage qui semble de plus en plus perturbé et de plus en plus lucide à la fois. Chemin faisant dans ma lecture, je me suis assez rapidement doutée qu’il serait question de folie, peut-être de maladie mentale assez poussée, mais je dois reconnaître que le dénouement m’a tout de même laissée pantoise.

On se trouve face à une enfance bafouée, douloureuse, pour ne pas dire affreuse, face à des épisodes refoulés, à des enfouissements de la mémoire et des transformations de la personnalité en vue, non pas de vivre normalement, mais de survivre.

« Depuis la naissance de Max, elle s’était complètement métamorphosée, comme si cet évènement avait fait éclore une nouvelle version d’elle-même. Certes, Eloïse avait toujours été d’un caractère entier. Elle était passionnée par ce qu’elle faisait et travaillait dur, mais elle avait embrassé son nouveau statut de mère d’une façon surprenante. »

Il y est également question de la place de chacun dans un couple, dans une famille, de la capacité que nous avons à nous adapter à de nouvelles situations – la naissance d’un premier puis d’un deuxième enfant, le sentiment d’abandon – et de notre façon de réagir face aux assauts de la vie.

« C’est une tigresse. Elle hésite non par obéissance mais parce qu’elle pèse le pour et le contre. Vaut-il mieux avoir une vie insouciante, ou accepter les choses telles qu’elles sont et en ressortir grandi ? »

J’ai été interpellée par la postface dans laquelle C.J. Cooke explique qu’elle a traversé une partie des épreuves vécues par son personnage, qu’elle travaille aujourd’hui pour en apprendre le plus possible sur des pathologies mentales réelles mais dont nous ne soupçonnons même pas l’existence, causées dans la grande majorité des cas par de mauvais traitements.

« Je sombre dans le sommeil. Mes songes doivent être la somme de mon imagination et de mes souvenirs, si vivaces qu’ils sont sans doute enracinés au plus profond de mes émotions. »

Et puisque je terminai la lecture de ce roman, tout à fait par hasard, au moment où les réseaux sociaux s’embrasaient – à raison – à propos des violences faite aux femmes, je n’ai pu m’empêcher d’y voir un signe. Penchez-vous sur ce roman, il est une fenêtre ouverte sur les souffrances que traversent tant d’enfants, tant de femmes, dont certains et certaines survivent uniquement grâce à des manipulations de leur cerveau, seule solution pour passer outre ces atrocités.

Connaissiez-vous C.J. Cooke? Pour moi il s’agissait d’une découverte, et je pense que je partirai à la recherche d’autres de ses romans. Est-ce le genre de livres que vous pourriez apprécier?

Tiphaine

Souvenirs de lecture #4

Toutes les histoires d’amour du monde – Baptiste Beaulieu
Editions Mazarine

C’est l’histoire de trois hommes, liés par le sang. Ils sont Moïse, le grand-père, Denis, le père, et Jean, le fils. Ils n’ont jamais su se parler, s’écouter et encore moins s’entendre, et c’est ce que voudrais changer le plus jeune d’entre eux.

Plusieurs mois après le décès de son aïeul, Jean voit son père débarquer au cabinet médical dans lequel il travaille alors qu’ils ne se sont plus parlé depuis la triste perte. Il a amené avec lui un paquet renfermant trois carnets, contenant eux-mêmes des lettres qu’aurait écrites Moïse durant des années. Elles sont toutes adressées à une femme ; elle n’est connue de personne dans leur famille, mais elle semble avoir été d’une importance sans limite aux yeux du vieillard. Néanmoins, il ne lui a jamais fait parvenir ses écrits puisque Denis les a dénichés dans une vieille malle. Jean se trouve alors happé par les carnets et ce qu’ils racontent. Face à l’histoire de son grand-père, il découvre un pan de l’Histoire de notre pays et le voilà surtout nez à nez avec un secret familial à percer.

« Entre prisonniers, les amitiés étaient vite établies. Pas de chichis. Les hommes ne naissent pas libres et égaux, mais collez-leur donc des fusils dans les mains et voilà qu’un roi des pouilles comme moi se retrouve à partager le pain avec deux bourgeois qu’un temps plus clément, un temps de Paix quoi, aurait condamné à servir. Parce que les bombes tombent sur tout le monde pareil, ma petite Anne-Lise. »

Je vous parle là d’un livre, entre l’autobiographie et la fiction, qui m’a chamboulée, retournée, bouleversée. C’est un roman que j’ai dévoré, blottie dans un plaid moelleux, parce qu’il me fallait bien l’impression d’un câlin pour surmonter avec Moïse les épreuves de sa vie. J’ai terminé sa lecture en larmes, véritables sanglots incontrôlables.

J’y ai fait un parallèle avec ma propre expérience, car c’est bien là le coup de maître de Baptiste Beaulieu : parvenir à faire en sorte que nous nous interrogions sur notre propre histoire, notamment celle qui nous lie à notre famille, mais aussi sur nos liens aux autres en général, sur le respect que nous leur devons.

Et cette bouteille jetée à la mer pour tenter de retrouver Anne-Lise, cette attachante inconnue dont il fête maintenant les anniversaires au côté de son papa, c’est la preuve que cet auteur – médecin avant d’être écrivain, s’il est un indice de son altruisme – est un homme bon, ouvert, dévoué. Sa plume est belle et juste, elle touche en plein cœur de par ses vérités. Elle ne passe pas par quatre chemins pour vous mettre face à des questionnements importants.

Lisez ce livre, admirez-le, parlez-en autour de vous, laissez-vous porter par les quelques photographies qui l’illustrent. Mais surtout, souvenez-vous, grâce à lui, que l’amour est le plus beau des cadeaux, à recevoir comme à donner.

« Martine a raison. Tout le monde a peur, a froid, a faim. Tout le monde fuit la solitude et, à la fin, tout le monde ment et se ment. La vérité (que nous nous refusons de reconnaître, car elle interdirait d’être méchant), c’est que chacun de nous porte en lui la nature humaine tout entière. Nous sommes, tous et toutes, tour à tour enfants et parents de nos frères les Hommes. Celui qui a compris cela ne peut pas – ne peut plus – se sentir jamais seul, ou faire de mal, tuer, être en colère contre son voisin sans se blesser, sans se tuer lui-même. »

Tiphaine

Souvenirs de lecture #3

L’échange – Rebecca Fleet
Editions Pocket

Caroline et Francis décident d’échanger leur appartement de Leeds contre une maison de la banlieue londonienne pendant une semaine. Ils voient là l’occasion, grâce à un site Internet, de s’évader de leur quotidien pour quelques jours à moindre coût. Surtout, ils souhaitent remettre d’aplomb leur mariage, ébranlé par des épreuves qui leur ont été difficiles à surmonter et qui les bouleversent encore : Francis a traversé une longue période pendant laquelle il abusait des médicaments et Caroline lui a été infidèle.

Elle garde encore au fond d’elle un terrible secret qui la tourmente depuis deux années et auquel elle va se trouver confrontée.

La maison dans laquelle le couple séjourne les met immédiatement mal à l’aise de par son côté impersonnel, et Caroline tombe rapidement nez à nez avec des signes de sa vie, alors qu’elle ne connait absolument pas la personne qui l’habite. A contrario, celui ou celle qui se fait appeler S. Kennedy dans leur échange de mails semble être très au courant du quotidien de la jeune femme, ainsi que de ce qu’elle cache à son mari.

« On arrive à la chambre. On aurait aussi bien pu visiter une exposition d’art contemporain dans un musée. Le lit est impeccable avec sa couette taupe et ses deux oreillers. Il est flanqué d’une table de chevet, et une armoire trône dans un coin. Comme les autres pièces, celle-ci est dénuée d’effets personnels. »

Après seulement une journée passée dans la maison, celui-ci se demande ce qui peut tant gêner Caroline ; il ne se doute pas que le bouquet de fleurs à la fenêtre de la salle de bain ressemble étrangement à celui qu’elle s’est vu offrir par son amant quelques années plus tôt, et ne peut pas imaginer que le CD qu’il a choisi par hasard lui rappelle une étreinte et des souvenirs langoureux compagnie du même homme.

Les choses se corsent d’autant plus que Caroline fait la rencontre d’Amber, une jeune femme qui loge un peu plus loin et face à qui elle se sent troublée ; elle ne peut s’empêcher de trouver des ressemblances entre elles, et Amber devient rapidement envahissante.

« J’aperçois notre reflet côte à côte dans le miroir et j’éprouve à nouveau cette sensation de familiarité. »

L’échange mérite sa place au milieu des thrillers psychologiques que j’ai aimé lire. L’alternance de points de vue – c’est Caroline qui narre la majorité du temps, mais Francis prend la parole pour diriger plusieurs chapitres – ainsi que les flashbacks donnent du rythme à une intrigue très bien pensée et qui se situe parfaitement dans notre société : l’échange ou la location de nos maisons et appartements est une grande mode depuis quelques années, et il est vrai qu’on s’y trouve parfois face à des surprises. Rebecca Fleet possède également un réel talent pour faire suinter les émotions de ses personnages à travers les pages de son roman et nous permet de plonger dans leurs pensées et leurs esprits – parfois tordus!

Surtout… « Ne confiez pas vos clés à n’importe qui. »

Avez-vous lu ce roman? Est-ce le genre de lecture que vous aimez?

Tiphaine

Souvenirs de lecture #2

Le dîner – Herman Koch
Editions 10/18

Paul et Serge sont frères. Le premier, narrateur de l’histoire, est professeur d’Histoire mais n’exerce pas au moment de l’intrigue pour des raisons de santé. Le second mène de front sa campagne électorale et est en bonne voie pour succéder au premier ministre des Pays-Bas.

Ce soir-là, ils se donnent rendez-vous pour dîner dans un restaurant huppé, accompagnés respectivement de leurs épouses, Claire et Babette.

« Moi je n’ai jamais envie de savoir trois mois à l’avance où je vais aller dîner, mais manifestement certaines personnes n’y voient aucun inconvénient. »

Débute alors une soirée que l’auteur a choisi de découper en six parties : l’apéritif, l’entrée, le plat, le dessert, le digestif et enfin le pourboire.

Le repas avançant – entrecoupé sans cesse par le gérant remplissant les verres de vin et énumérant les ingrédients qui composent ses plats aux appellations à rallonge – on ressent de plus en plus le malaise présent, et force est de constater que cette famille d’apparence parfaite à quelque chose à cacher.

« Je trouve que c’est un signe de faiblesse quand la conversation porte trop vite sur les films. Au fond, les films sont plutôt un sujet pour la fin de soirée, quand on n’a vraiment plus rien à dire. »

Paul, tout en racontant le dîner, est régulièrement sujet à des flashbacks et confie des épisodes d’un passé commun aux quatre protagonistes. Pour finalement en arriver à révéler le vrai enjeu du roman : les fils respectifs des deux couples, qui sont donc cousins et se fréquentent beaucoup, ont commis un acte horrible, criminel.

J’ai fait la connaissance de l’écriture d’Herman Koch grâce à ce livre ; c’est sa couverture d’un bleu éclatant qui m’a attirée vers lui quand je trainais entre les rayonnages d’une librairie. Le bref résumé m’a confortée dans mon idée, et surtout – je le fais toujours – lorsque j’ai feuilleté les premières pages, j’ai été surprise de voir que la première citation, celle qui nous plonge dans l’ambiance, était tirée d’un film de Quentin Tarantino. C’était sûr, je devais le lire.
C’est chose faite depuis plusieurs années maintenant, mais Le dîner reste l’un de mes romans préférés. Après tout ce temps, on peut oublier des histoires mais j’ai gardé en mémoire les personnages aux caractères bien dessinés, je me souviens de cette ambiance dérangeante qui règne tout du long, et il me revient encore la surprise de m’être trouvée devant une telle satire de la société. Je peux même vous confier qu’un jour, je n’hésiterai pas à replonger dedans pour me trouver à nouveau au contact de cette plumé acérée et tranchante, qui déploie un humour noir et parfois malaisant.

J’espère vous avoir mis en appétit et, au cas où vous vous laisseriez tenter, vous souhaite d’avance une bonne digestion.

Peut-être connaissez-vous déjà ?

Tiphaine

Souvenirs de lecture #1

Je te promets la liberté – Laurent GOUNELLE
Editions Calmann-Lévy

Sibylle Shirdoon est, en 1964, une jeune femme qui se retrouve propulsée directrice d’un bateau-restaurant, le PygmaLyon, à Lyon justement. Quelques temps après sa prise de fonction, elle apprend que l’entreprise tourne mal et voit son poste mis sur la sellette : son employeur lui laisse dix jours pour faire ses preuves, ou elle sera congédiée.

Puisqu’un problème n’arrive jamais seul, c’est bien connu, son conjoint lui fait comprendre que leur couple bat de l’aile et que leur avenir en tant que tel est très incertain.

Que l’ennui soit d’ordre professionnel ou personnel, Sybille se voit critiquée sur sa personnalité, celle qui est nichée au fond d’elle depuis sa naissance et a toujours fait d’elle ce qu’elle est.

Les solutions semblent faibles, voire inexistantes, mais c’était sans compter sur un ancien ami qui lui conseille de rencontrer le maitre d’une confrérie très secrète, possédant un savoir ancestral, grâce auquel il pourrait induire en elle une nouvelle personnalité.

La jeune femme, perdue au milieu des doutes et angoisses qui caractérisent la manière dont elle fonctionne, se laisse finalement tenter. La voici emportée, tout comme le lecteur, au cœur d’une aventure vers la découverte de soi, à travers un certain nombre de personnalités qu’on lui permet d’essayer.  

« Ce qui m’apparaissait soudain, c’est que chacune était valable, chacune avait de la valeur, comme si chaque être détenait une part de vérité tant dans sa vision de la vie que dans la façon de s’y adapter. »

Les personnages, satellites tournant autour d’une Sibylle qui les traite chaque jour différemment, au gré de ce qui lui a été introduit comme personnalité, ne sont pas forcément attachants mais représentent de manière efficace -et un tant soit peu caricaturale- les traits de caractère auxquels nous pouvons nous heurter dans la réalité.

Ce « roman à suspense » comme indiqué sur la quatrième de couverture se trouve en réalité être, selon moi, un véritable roman initiatique, en ce sens qu’il existe avec pour mission l’apprentissage de notre propre personne. Je dois vous confier que si Je te promets la liberté s’est imposé à moi en vue de l’écriture mon premier article, ce n’est pas anodin.

L’intrigue m’a bien entendu tenue en haleine, et je mourais d’envie de savoir jusqu’où irait le personnage de Sybille dans ses découvertes. Mais force a été de constater que, en tant que lectrice, je me suis également posée tout un tas de questions à mon propos. Toutes les réponses ne s’y trouvent pas, et je crois que le chemin est long avant de parvenir à nous connaitre réellement, et de nous laisser aller à être qui nous sommes vraiment, au fond. Quelques clefs vers le succès et l’épanouissement personnel se cachent néanmoins dans cette œuvre que j’ai beaucoup appréciée et qui fait, qui plus est, la part belle à la découverte et l’acceptation de l’autre.

Cette lecture aura été pour moi une première avec Laurent Gounelle ; la finesse de sa plume, la construction de son histoire et, par-dessus tout, la philosophie et l’ouverture sur le monde qui en émanent, feront que je n’hésiterai pas devant un autre de ses romans en librairie.

Connaissez-vous cet auteur? Ce roman fait-il partie de votre bibliothèque?

Tiphaine.